Sporadique

adjectif substantif masculin ,substantif féminin adverbe


Sporadique est un adjectif qui nous vient du grec « sporadikos », qui signifie littéralement « dispersé », et qui est un dérivé du verbe « speiren », signifiant « semer». En français, il fait son apparition pour la première fois en 1620, non pas dans le domaine du jardinage comme on aurait pu le penser, mais dans le vocabulaire médical. En médecine donc, c’est le rouennais Jean de Lampérière qui l’employa pour qualifier alors l’épidémie de peste comme un maladie « sporadique », c’est à dire « comme n’étant point particulière à un pays, qui se montre en tout temps et qui attaque séparément et par des causes particulières chaque personne » dans son ouvrage Traité de la peste. Mais en 1831, sûrement séduite par l’origine étymologique du mot, c’est la science botanique qui s’en empare pour désigner des espèces végétales qui sont dispersées dans plusieurs endroits du globe. On trouve ensuite d’autres usages de ce terme dans les sciences exactes, notamment en astronomie et en mathématiques. Il est plus ardu de dater précisément le moment où « sporadique » est entré dans le langage courant, mais cela doit être postérieur aux années 1930 puisqu’il n’est pas fait mention de cet usage dans le Dictionnaire de l’Académie de 1932. Néanmoins, en partant des traces “sporadiques” de l’usage de ce mot dans la langue française, nous tenterons de reconstituer une définition englobant tous les sens de « sporadique ».

A l’origine, « sporadique » est un terme médical qui qualifie une maladie ou une affection qui n’est pas endémique ou épidémique, mais qui touche au contraire des individus de façon isolée au sein d’une population, sans qu’il n’y ait de chaine de transmission continue.
Le mot passe ensuite dans le langage courant pour désigner ce qui existe ou apparaît de façon éparse ou irrégulière. Dissocié, éparpillé, épisodique, intermittent, irrégulier, isolé, variable, épisodique, clairsemé ou dispersé sont autant de synonymes possibles de cet adjectif. Tandis que « constant », « continu », « permanent », et “initerrompu » peuvent être utilisés comme ses antonymes.
Cela dit, il peut être mal aisé de faire l’opération inverse et de remplacer par exemple « intermittent » par « sporadique ». Vous ne trouvez pas que l’expression être un « sporadique du spectacle » paraît un peu pompeuse ?
Toutefois, on peut dire qu’à partir d’un certain âge, les messieurs ont des touffes de cheveux « sporadiques » ou que leur chevelure est clairsemée, d’où le recours au subterfuge bien connu des mèches de coté ramenées, dans un mouvement de peigne savamment étudié, au centre pour camoufler la misère… Allons, ne vous moquez pas, les implants sont encore si chers et les perruques si grossières!
Enfin, dans la langue française, « sporadique » a donné naissance au nom commun « sporadicité » et à l’adverbe »sporadiquement ».

« Sporadique » conserve la même notion de dispersion s’il est utilisé en astronomie. Le baron Alexander von Humboldt s’en sert en 1848 pour qualifier les étoiles dans un des quatre volumes de son ouvrage Cosmos. Essai d’une description physique du monde : « Les étoiles filantes tombent tantôt rares et isolées, c’est-à-dire sporadiques, tantôt en essaims et par milliers ».
En géologie aussi, des blocs décrits comme « sporadiques » sont des blocs dispersés. Enfin, les sciences naturelles parlent également d’espèce animale ou végétale « sporadique » pour noter leur éparpillement dans plusieurs régions du globe.

Attention, ne relâchez pas votre attention, ne lisez pas cet article de façon « sporadique » car nous attaquons les usages spécifiques du mot « sporadique ».
En fait, il n’y a guère qu’en mathématiques que l’on puisse trouver une utilisation particulière du mot « sporadique ». Il désigne un des 26 groupes à part dans la classification des groupes simples finis établie entre 1860 et 1975. On rappellera à l’occasion que cette classification établit 4 types de groupes : les groupes cycloiques, les groupes dits de Chevalley, les groupes alternés et les groupes « sporadiques ». C’est au mathématicien irlandais William Snow Burnside, qui esquissa en premier une théorie des groupes, à qui l’on doit le choix de l’adjectif « sporadique ».
Les groupes dits « sporadiques » sont ceux qui ne peuvent être classés à partir des trois autres critères et qui ne suivent donc pas de motif systématique. C’est Emile Mathieu à partir des années 1860 qui commença à établir cette liste de groupes en en trouvant cinq. Les 21 autres groupes furent découverts beaucoup plus tardivement entre 1965 et 1975 grâce à l’utilisation d’ordinateurs. Leur existence avait été formulé sous forme d’hypothèses bien avant, mais leur construction effective était trop ardue pour l’homme. La plupart des groupes portent aujourd’hui le nom du ou des mathématiciens qui posèrent les premiers ces conjectures. Parmi ces groupes sporadiques, l’un retient particulièrement l’attention des mathématiciens. C’est celui surnommé le « monstre de Fischer » , qui en soupçonna son existence dès 1973. Pourquoi le monstre ? Parce qu’il comporte 246×320×59 ×76×17×19×23×29×41×47×9×71= 8×1053 éléments. C’est le seul groupe dont on n’a pas pu calculer encore les représentations sur les corps, même avec l’aide d’un ordinateur.

Je vous l’accorde, mon explication en ce domaine n’est que sporadiquement scientifique et compréhensible. Pour être tout à fait honnête avec vous, cher lecteur, moi-même je n’y entends pas grand chose. Vous savez bien que le virus des mathématiques touche de façon sporadique les individus, et bien disons que j’y ai échappé voilà tout ! Je vous rappelle tout de même que ceci est une définition et non un article encyclopédique, alors si ces quelques éléments de connaissances sporadiques ne contentent pas votre appétit vorace de savoir, je ne saurais trop vous conseillez d’aller vous plonger avec délectation dans les théorèmes évoqués ci dessus. Partageons donc notre culture ! Vous me ferez vingt-cinq lignes sans charabia, merci.


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