Caractéristique

adjectif et substantif féminin adverbe


Le mot « caractéristique » tire son origine du grec et signifie littéralement « qui sert à distinguer ». Il est employé la première fois en 1550 comme nom féminin dans le domaine de la grammaire. Puis, le terme est utilisé par les mathématiciens vers 1751, où il est toujours employé aujourd’hui, en tant qu’adjectif ou de substantif. C’est en 1779 qu’il fait son apparition dans le langage courant.

Dans le vocabulaire usuel, la « caractéristique » d’un objet ou d’une personne est ce qui en constitue le trait dominant ou spécifique, ce qui le distingue des autres. Employé comme nom commun, le mot est donc synonyme d’attribut, de particularité, de nature de quelqu’un ou de quelque chose. Par exemple, selon Jean Dutourd : « La caractéristique des mauvais romanciers est qu’ils savent d’avance ce qu’ils vont raconter. » On retrouve la proximité sémantique avec « caractère » dont il est un dérivé. Le plus souvent, c’est un terme féminin mais on peut le trouver sous la forme masculine dans des écrits littéraires comme chez Victor Hugo dans la Préface de Cromwell écrite en 1827 : « Si le poète doit choisir dans les choses (et il le doit), ce n’est pas le beau, mais le caractéristique. »
Il sera souvent utilisé à la suite de verbes descriptifs comme avoir, définir, déterminer, présenter… La caractéristique pourra être qualifiée de spécifique, d’universelle, de fondamentale, de typique, de dominante, d’essentielle ou encore de particulière, de singulière, de saillante, de marquante, de propre, de symptomatique…

Caractéristique peut lui-même occuper la fonction d’adjectif. Là encore, il qualifiera la spécificité d’une personne ou d’un objet, ce qui fait sa différence. Pour le remplacer, on pourra choisir parmi les synonymes suivants : typique, propre, représentatif, spécial, constitutif, distinctif, particulier, symptomatique, spécifique…
De même, il sera précédé de mots issus du champ lexical de la description. Ainsi, on dira : un aspect, un détail, une expression caractéristique d’une personne ; ou un exemple, un thème, une propriété caractéristique d’une chose.

Voyons maintenant les domaine spécifiques dans lesquels « caractéristique » peut être utilisé : la linguistique, les mathématiques, et les sciences appliquées.

En grammaire, la « caractéristique » est la lettre ou la forme commune à un groupe de mots qui est typique du temps d’un verbe ou de la formation de mots. Par exemple, en français, la lettre « r » est la caractéristique de la formation du futur, car quelque soit le verbe que l’on conjugue à ce temps, on y trouve la lettre « r ». On peut aussi dire que le « s » est la lettre caractéristique du pluriel de la plupart des noms communs. La caractéristique est aussi la lettre muette d’un mot que l’on retrouve dans les dérivés de ce mot, comme le « g » pour long/longueur, sang/sanguin, rang/ranger ; ou le « p » dans corps/corporel , temps/temporel/temporiser…

Dans le domaine des mathématiques cette fois, le terme s’emploie comme adjectif ou comme nom commun. On parlera d’ « équation caractéristique » , de « fonction caractéristique », ou de « propriété caractéristique ». Mais que signifie donc ce dialecte ? Pour une équation, cela veut dire que celle-ci est “associée à une équation différentielle linéaire à coefficients constants en vue de son intégration”. Ah d’accord ! Une propriété caractéristique est quant à elle logiquement équivalente à la définition. Mais bien sûr ! Enfin, si vous trouvez la formule suivante : « fonction caractéristique d’une partie A d’un ensemble E », c’est tout simplement « l’application de E dans {0, 1} qui associe 1 aux éléments de A, et 0 aux autres éléments ». Clair comme de l’eau de roche, non ? 

Dans le domaine des probabilités, la caractéristique d’une fonction est la fonction que l’on associe à une variable aléatoire. Tandis que la caractéristique d’un logarithme est la partie de ce dernier qui est composée d’unités entières positives ou négatives. Si vous n’avez rien compris à mon charabia, vous faites preuve de mauvaise volonté ! Enfilez donc une blouse blanche et chaussez vos lunettes pour vous mettre dans la peau d’un mathématicien. D’ailleurs, si vous cherchez la signification de « caractéristique » en mathématiques, c’est que vous devez graviter autour de cette sphère très restreinte de personnes à même de décrypter ce langage obscur, alors posez leur vos questions !

Bon je vous rassure, si vous trouvez ce terme en sciences naturelles ou appliquées, il est plus aisé d’en comprendre le sens. En géologie, par exemple, des fossiles “caractéristiques” sont des fossiles qui signalent une espèce de terrains particulière ou qui se rapportent à une période historique donnée. Ainsi si vous avez la chance de trouvez une ammonite un jour, elle vous attendait certainement là depuis l’ère jurassique. (Patiente, la bestiole !)

En sciences physiques, la “caractéristique” peut être une formule, un tableau ou un graphique qui représente la relation entre plusieurs grandeurs et un phénomène. Par exemple, la caractéristique d’une machine, c’est l’expression concrète de son rendement. Vous vous rappelez peut être encore des passionnantes leçons de votre professeur es sciences physiques qui vous jaugez du haut de son estrade, derrière sa paillasse, en tentant de ne pas s’emmêler les pinceaux au milieu des fils électriques la jonchant ?
Mais si, il vous expliquait à grand peine que « la caractéristique d’un dipôle électrique est la relation existant entre l’intensité i du courant traversant le dipôle et la tension u aux bornes de celui-ci, cette relation pouvant se noter comme une fonction f », ce qui donne :
i=(f)u

Et vous calculiez ensuite, d’après la loi d’Ohm, l’intensité du courant électrique traversant la résistance R,  avec la caractéristique ou formule suivante :
i=f(u)=u/R

Ah que de bons souvenirs !!
Et pour terminer, voyons ce que le philosophe et mathématicien allemand Leibniz entendait par « la caractéristique universelle ». Attention, c’est un disciple des mathématiques, donc ce n’est pas aisé à comprendre ! Il souhaitait inventer un langage parfait, une langue universelle qui permettrait d’exprimer toutes les vérités et raisonnements d’une façon mécanique, purement calculatoire. C’était, si vous voulez, sa Tour de Babel à lui. La triste nouvelle, c’est qu’il n’y est point parvenu, sauf en géométrie.

La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons donc nous en tenir à cette approche superficielle, néanmoins caractéristique d’une définition !


Recherche