Paroxysme

substantif masculin verbe pronom.,adjectif


Paroxysme est un nom masculin qui tire son origine du grec « paroksusmos », littéralement « exacerbation », substantif dérivé du verbe « oksunein », qui signifie aiguiser ou exciter. Son emploi en français est attesté dans des écrits datant de 1552. Il s’écrit alors avec la lettre « i » à la place du « y », ce qui donne le terme « paroxisme ». Auparavant, dès 1314, on trouve le mot « peroxime », puis vient « paroxime » en 1370, et enfin « parocisme » à la fin du XIVème siècle. Il faut attendre l’année 1835 pour que « paroxysme » prenne son orthographe actuelle. Au départ, c’est un vocable qui fait partie de la médecine et qui décrit l’apogée d’une maladie. Puis, il servira dans d’autres sciences à qualifier le degré ultime d’un phénomène ou d’une chose. Ensuite, à partir de 1818, son usage s’étend au langage courant dans un sens figuré.

L’acception première du terme se trouve donc en médecine : le paroxysme d’une maladie, d’une douleur, d’un état physiologique donné correspond à la phase au cours de laquelle les symptômes atteignent leur plus haut degré d’acuité. C’est la période la plus pénible, la plus aiguë d’une affection où les signes de celle-ci vont se manifester au maximum de leur intensité.
Ainsi trouve-t-on chez Emmanuel Mounier dans son Traité du caractère de 1946 une référence aux paroxysmes : « La crise épileptique, malgré son aspect paroxystique, n’est que la libération incohérente de la motricité primaire consécutive à un effondrement massif de l’énergie psychique. Le même phénomène explique que la seconde partie de la nuit soit le moment des paroxysmes de toutes sortes: crises épileptiques, spasmes génitaux, naissances, céphalées, celui aussi où l’on meurt plus qu’à tout autre. »
Tout ça ne donne pas tellement envie de rejoindre les bras de Morphée ! Mais rassurons-nous, ce brave Emmanuel n’était pas médecin mais philosophe.

Grâce à cette citation, nous voyons que le terme peut également s’appliquer à des phénomènes en dehors de la sphère médicale. Le mot paroxysme est effectivement employé dans d’autres disciplines qui conservent son sens initial d’apogée d’un événement. C’est la géologie qui l’utilisa en première en 1886 avec l’expression de « paroxysme volcanique » qui désigne le moment le plus intense d’une éruption. On y parle aussi de « paroxysme tectonique » pour expliquer la période d’activité maximale qui préfigure la formation d’un édifice tectonique.
Puis, la météorologie s’en empara pour décrire des périodes où les limites ordinaires sont dépassées : par exemple si l’on subit une canicule, on parlera de paroxysme de chaleur. Bien avant l’épisode caniculaire de 2003, le géographe Paul Vidal de la Blache soulignait dès 1921 les dangers attenant à un dépassement des moyennes classiques : « Pour nous, les paroxysmes de température ou de sécheresse, les brusques vagues de chaud et de froid sont une source continuelle d’épreuves ». in Principe de la geographie humaine.

Pour finir, le langage courant s’est saisi du terme pour qualifier le plus haut degré que l’on puisse atteindre en matière d’émotion ou de sensation, ou des moments particulièrement intenses. Il est toujours synonyme de point culminant, de maximum, de summum. On peut le trouver dans les expressions verbales suivantes : « atteindre à son paroxysme; « porter à son paroxysme », « pousser à son paroxysme » ; ou encore « se trouver au paroxysme » du désespoir, de la douleur, de la passion, de la colère…
Le nom commun a donné naissance à un verbe pronominal à connotation péjorative : « se paroxyser », utilisé quand une chose ou une personne frise l’excès. Tandis que les adjectifs « paroxystique » et “paroxysmique », eux- aussi dérivés du substantif, ont une valeur neutre. Par contre, le participe passé « paroxysé » qu’on emploiera comme adjectif a lui aussi une valeur négative , comme on le lit dans cette citation de l’écrivain Jacques Rivière : « Il est tout le temps au bout de lui-même, tendu, forcé, paroxysé, et par moments il en est ridicule, car on craint une apoplexie » in Correspondance, 1906

Essayons maintenant de porter notre réflexion à son paroxysme. Vous êtes prêt ? Attention au décollage ! Nous allons grimper tels des alpinistes chevronnés à l’assaut du Mont-Blanc en route pour le point culminant de cette définiion.
En guise de mousqueton, nous nous servirons de cette citation de Jules Romains, tirée de son œuvre Les hommes de bonne volonté (1938) :  « On s’habitue au paroxysme. C’est une espèce de vice. »
Ainsi, votre femme vous prépare chaque jour de petits plats qui n’ont rien à envier à ceux d’un restaurant quatre étoiles. Elle est au paroxysme de l’art culinaire. Résultat, non seulement vous grossissez et vous voilà obligés de laidser votre bouton de pantalon ouvert, mais surtout vous vous habituez à manger chaque jour le meilleur. Vous devenez difficile et les saveurs autrefois à vos yeux si délicieuses des mets les plus simples vous semblent fades. Adieu carré de chocolat, kebab dégoulinant de viande non identifié recouvert de sauce blanche et d’oignons, et autres frites de fast-food trop salées et cuites dans de l’huile plus vieille que vous ! Et même si votre chère et tendre est un vrai chef cuistot, vos papilles se lassent de ces menus gastronomiques.

Ainsi on voit qu’on ne peut demeurer longtemps en cet état de paroxysme et qu’on ne peut s’y complaire. Comme lorsqu’on est touché par un coup de foudre. Si l’on se trouve momentanément au paroxysme de l’amour, un état qui, selon Julien Greeen, est déjà en soi proche du ridicule : « Rien n’est plus près d’un énergumène, en effet, qu’un homme au paroxysme du désir. », dans Journal, (1940) ; à la passion et l’euphorie des premiers jours, succède le retour à la triste réalité. Oui, l’être aimé laisse traîner ses chaussettes sales, oui il a mauvaise haleine au réveil et je vous passe les autres désagréments quotidiens. L’homme ou la femme que vous pensiez à la lisière de la perfection se révèle tout simplement aussi humain que vous . Et vous voila en pleine gueule de bois…

Ça y est, nous sommes parvenus au sommet de la montagne, un petit coup d’œil à la vue et on repart ! Et les exemples sont nombreux qui décrivent les chutes ou les descentes vertigineuses. Pensez donc à ces icônes tels que James Dean, Marylin Monroe. Au paroxysme de gloire où elles se trouvaient. On voit ce que ça a donné. Et que dire de ces stars déchues ? Stars d’un jour ne veut pas dire stars de toujours…
Donc on ne s’attarde pas en haut de la montagne. D’ailleurs, un pic ce n’est pas très confortable pour s’asseoir. Et même je dirais qu on évite les états et émotions paroxystiques. Nous voilà arrivés au paroxysme de la morale : en toute chose, gardons les pieds sur terre et raison comme guide !


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