Onirique

adjectif adverbe


Est désigné comme onirique ce qui témoigne d’une forme d’onirisme…Certes…La formule est frappée au coin du bon sens… Mais encore faut-il s’entendre plus précisément sur le sens à accorder à ce mot. Souvent utilisé à tort et à travers, il sert à désigner de manière générique des « mondes », des « univers » ou des « œuvres ». Quelle signification le terme « onirique » revêt-il ?

Issu de la langue grecque, c’est un adjectif formé par dérivation, c’est-à-dire construit en ajoutant un suffixe à un radical. Ici, ο ν ε ι ρ(o)- « le rêve » est additionné du suffixe «-ique » : « onirique » désigne donc étymologiquement « toute chose se rapportant à l’univers du rêve ». Toutefois, le sens de celui-ci a varié à travers les âges.

Avant le XIXème siècle, le mot rêve s’emploie pour désigner une pathologie mentale qui consiste à délirer, à avoir des hallucinations que l’on tient pour réelles si bien que le terme « onirique » est à l’origine teinté d’une valeur péjorative. Si le malade est dans un état onirique, c’est qu’il traverse une phase de démence, de folie. L’onirisme se trouve alors être une pathologie qui s’oppose à la raison et à la clairvoyance, c’est pourquoi il fut tout d’abord utilisé dans le lexique médical pour entrer dans celui de la psychanalyse à partir du XIXème siècle.

Nouvelle sciences humaine, elle met en avant la notion d’inconscient et inspire les artistes. Désormais, « onirique » prend le sens moderne d’« imaginaire », « irréel ». Synonyme de « fantasmagorique » ou de « chimérique », il désigne une chose dans laquelle l’ordinaire et l’extraordinaire se mélangent pour aboutir à un résultat étrange. Comme dans le mécanisme du rêve, la réalité se trouve mêlée à notre imagination, nos désirs ou nos peurs latentes dont le fruit peut parfois sembler absurde.

Très exploité par les peintres symbolistes et surréalistes, le processus onirique permet d’obtenir des œuvres abolissant les frontières entre la réalité et l’imaginaire. Si l’on prend l’exemple du symboliste Odilon Redon, ce dernier ne se contente pas de dessiner juste un œil : la rotondité de l’organe lui fera penser à un ballon et l’œil se métamorphosera en une grosse montgolfière à pupille. Des auteurs célèbres comme Lewis Carroll font du monde onirique la clef de leurs œuvres : dans Alice au pays des merveilles, l’héroïne s’endort et côtoie des créatures aussi étranges que des papillons aux ailes de brioche ou qu’une chenille fumant le narguilé.

Ainsi l’œuvre onirique rapproche les contraires jusqu’à faire fusionner les impossibles dans des esthétiques biscornues et excentriques. Comme le Sphinx ou la Chimère, l’onirisme est une hybridation du rêve et de la réalité.


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