Iconoclaste

substantif et adjectif féminin


Etymologiquement, iconoclaste nous vient du grec eikonoklastês qui signifie « briseur d’images ». On retrouve son usage en France dès 1557 mais son existence historique est antérieure. Des mouvements iconoclastes religieux sont attestés dès l’Antiquité. Ils trouveront leur apogée lors du VIIIème siècle au cours de ce que l’on a nommé « la querelle des images ». Plus tard ce sont les protestants qui s’empareront de l’iconoclasme lors de la Réforme. Aujourd’hui, on parle encore d’aniconisme concernant la religion musulmane. Mais le terme a quitté la sphère purement religieuse. L’iconoclaste est susceptible d’investir n’importe quel domaine d’action.

Le premier sens fait donc référence à l’Empire byzantin, et à l’iconoclasme, doctrine des VIIIe et IXe siècle, qui a tenté de supprimer les icônes chrétiennes et d’interdire leur culte. Cet épisode majeur d’un point de vue politique et religieux est plus connu sous le terme de « querelle des images ». C’est un conflit qui opposent les empereurs byzantins et les papes, autant qu’il scinde le peuple chrétien en deux camps : iconoclastes contre iconodules.
Faisons un petit rappel concernant les liens entre image et sacré pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette crise.
Dans la religion juive comme dans la religion chrétienne, l’interdiction de représenter une figure divine vient de l’Ancien Testament, au chapitre de l’Exode. Le second commandement de Dieu stipule que  :« Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point. » 

Pourtant, assez vite le christianisme produit des images et l’art sacré se développe. L’icône sert entre autre à évangéliser la population illettrée. A partir de 725, sous le pontificat de Léon III, débute la querelle iconoclaste. Les partisans du culte populaire des images saintes, les iconodules, s’opposent aux partisans de la destruction des images, les iconoclastes. On ne connait pas précisément les événements qui amènent à cette remise en cause du culte des images. Outre l’argument religieux, qui craint l’idolâtrie et se fonde sur l’interdit biblique, on peut aussi interpréter l’iconoclasme comme une tentative d’unification politique afin de faire face à une grave crise extérieure qui menace l’Empire. Toujours est il qu’en 730, l’empereur Léon III l’Isaurien lance ses édits iconoclastes , interdisant ainsi l’usage d’icônes du Christ, de la Vierge Marie et des saints, et ordonnant leur destruction. La querelle iconoclaste est née : nombre de chrétiens refusent de détruire leurs icônes. En 731, le pape, qui est hostile à l’intervention du pouvoir politique dans les questions religieuses, condamne cette initiative. La lutte contre les images s’accentue pendant le règne de l’empereur Michel Copronyme. En 753, un concile réuni à Hiéra finit par condamner le culte des images car celles-ci détournent de leur véritable voie les hommages dus au créateur. Nouveau rebondissement en 780 : l’impératrice Irène prend la direction de l’empire. Partisane du culte des images, elle arrête les persécutions et convoque un nouveau concile à Nicée en 787. L’assemblée rétablit le culte des images en affirmant que Jésus étant Dieu incarné, il est possible de le représenter. En 843, l’impératrice Théodora, régente de l’empire, rétablit le culte des images et crée une fête annuelle en leur honneur. La querelle est terminée mais la crise iconoclaste a été très dommageable à l’Empire byzantin. En effet, une grande partie de l’art byzantin a disparu au cours des destructions.

Ensuite, par extension, le terme qui concerne au départ les chrétiens, définira quiconque, qui, pour des motifs de pureté religieuse, proscrit le culte des images et la représentation plastique du divin.
Ainsi, les réformateurs protestants du seizième siècle furent souvent des iconoclastes : pilage des églises, destruction des retables, des reliques… Le mouvement iconoclaste a donc traversé nombre de religions. Concernant l’Islam, l’interdiction de la représentation de l’image de Dieu est totale : c’est l’aniconisme.

Plus tard, le terme iconoclaste quitte la sphère religieuse. Employé comme adjectif ou nom , il s’est mis à désigner une personne ennemie de toute tradition, qu’elle soit littéraire, artistique, politique ou autre, et qui cherche à faire disparaître tout ce qui concerne le passé. Le mot prend alors une tonalité méliorative : l’iconoclaste est profondément moderne, il refuse le culte établi et secoue les tabous de la société endormie. Sa cible n’est plus la religion qui a perdu en pouvoir social, mais les nouvelles idoles (stars, personnages unanimement respectés dans l’imaginaire collectif) et les nouvelles normes et croyances. Pour les théoriciens de l’histoire de l’art, on peut classer plusieurs peintres dans la catégorie des iconoclastes : Kandinski, Mondrian, Malevitch, le mouvement Dada, puis Duchamp… En effet, l’art contemporain se caractérise par un refus de la représentation du réel et les premiers peintres abstraits ne se sont-ils pas situés dans une relation d’opposition à la grande tradition de l’art chrétien ? Pour nombre d’artistes, représenter le réel par la peinture est impossible. Ils renouent ainsi avec la tradition hellénique platonicienne de défiance à l’égard des représentations de l’esprit. Ainsi pour Rothko : «  Utiliser la représentation humaine, c’était la mutiler. Personne ne peut peindre des êtres humains tels qu’ils sont et avoir le sentiment de pouvoir réaliser quelque chose qui exprimera le réel. » Pour d’autres, le refus de l’image est plus politique que métaphysique : il s’agit selon Georges Mancunias de « purger le monde de la vie bourgeoise, promouvoir la réalité du non-art pour qu’elle soit saisie par tout le monde, dissoudre les structures des révolutions culturelle, sociale et politique en un front commun ayant des actions communes. »
Ainsi, si l’iconoclasme a longtemps été perçu comme un acte de haine ou d’incompréhension, de nos jours, il n’est plus simplement destructeur, et peut prendre des formes multiples : transformation, censure, recontextualisation, renversement satirique… Il apparaît dès lors comme une tentative de déconstruction et de recomposition du réel. Être taxé d’iconoclaste, c’est finalement être profondément original et diablement tendance !


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